Clémentine Margheriti est peintre. Chez elle comme chez de nombreux autres jeunes peintres de sa génération, la pratique de la peinture se fonde sur un rapport au réel, mais un réel dont l’expérience ne passe que par la photographie. Le plus souvent, leur peinture revendique une forme d’engagement politique en s’appuyant sur une imagerie objective et documentaire, et se découvre dans les écarts que le traitement pictural se permet de creuser avec le réalisme photographique. A l’inverse, Clémentine Margheriti ne travaille qu’à partir de photographies prises par elle-même ou par ses proches. Elle les manipule, les renverse et les recompose, y exploitant simultanément une dimension affective et intimiste qui lui est nécessaire, et la pauvreté qualitative en couleurs et en définition qui caractérise les tirages issus des procédés techniques de la grande consommation. Sur des tableaux de dimensions souvent modestes, voire réduites, et sur des supports de préférence durs et résistants comme l’ardoise ou le bois, son travail consiste alors, sur un dessin sous-jacent en grisaille, à déformer les figures, à amalgamer les motifs, à accentuer les contrastes et à densifier les couleurs. Touche par touche, au risque de la caricature et du rictus, le souvenir de l’image photographique est emprisonné et solidifié dans un sédiment pictural. Comme un masque, la peinture s’infiltre dans les traits des visages familiers, recouvre les scènes de fêtes familiales ou les moments fugaces du quotidien. Et elle fait s’animer une humanité morbide et grimaçante, qui flirte avec le néant, telles les tragi-comédies de Jérôme Bosch ou de James Ensor.
Extrait du texte de l'exposition "Des figurés" par Olivier Grasser, directeur du FRAC Alsace